Chroniques

Derrière chaque mariage, chaque cérémonie et chaque soirée se cachent des histoires que les invités ne voient jamais. Je vous ouvre la porte de mes coulisses : des rencontres, des imprévus, des émotions… et parfois des instants qui changent une vie.

 

Un badge, une clé, et une très belle soirée

 

Il y a des soirées où l’on sait, dès son arrivée, que l’accueil sera à la hauteur. Celle-ci commence par un badge autour du cou, avec un mot que j’aime particulièrement voir écrit dessus : ARTISTE. Puis une clé, celle de ma loge. Une vraie loge, installée dans une abbaye, avec ses vieilles pierres, ses voûtes, son calme et même un petit frigo rien que pour moi. Le décor est assez incroyable. Dehors, le 14 Juillet se prépare, la grande scène attend son public et, face à moi, une équipe de régie qui sait exactement ce qu’elle fait.

Vingt minutes de musique à l’entracte, puis le spectacle s’achève et vient mon tour. Le contexte est un peu particulier : 14 Juillet, fan zone, match de l’équipe de France, public qui arrive avec ses émotions et ses envies. Alors je commence tranquillement. Du groove, des sourires, Jamiroquai, Daft Punk, Mark Ronson… puis la soirée prend son rythme. Et ce qui me fait particulièrement plaisir, c’est de voir la régisseuse et son équipe, habituellement concentrées derrière leur matériel, quitter peu à peu leur réserve professionnelle pour danser et chanter avec le public. A ce moment-là, je sais que la musique a fait son travail.

Au lendemain, le message reçu résume assez bien la soirée : « tout le monde a été dithyrambique sur ton set ». Fatigués, mais heureux. Moi aussi. Alors merci à toute l’équipe du Festival des Enfants du Monde pour cet accueil, cette confiance et cette magnifique soirée. Et puisqu’il paraît que les bonnes habitudes sont faites pour durer : vivement l’année prochaine !

Ce qui commence de travers, finit parfois au top !

 

Il y a des prestations qui commencent de travers. Celle du 13 juillet en faisait partie. Quelques jours avant la fête nationale, le feu d’artifice prévu est annulé, mais la soirée est maintenue. Puis, à la dernière minute, changement de décor : les festivités quittent le stade pour rejoindre la place de l’église. Sur le papier, pas forcément de quoi être rassurée. En réalité, ce changement allait tout transformer.

Car une place de village n’a rien à voir avec un stade excentré. Ici, les gens arrivent naturellement, s’installent autour des tables, mangent, discutent, les enfants jouent, la buvette fonctionne. La musique accompagne d’abord cette vie-là. Depuis ma régie, entre mes enceintes, je regarde la place vivre. Je ne cherche pas à faire danser à tout prix : chacun profite de son repas, puis vient le temps de la retraite aux flambeaux. Alors j’attends. Une soirée dansante, ce n’est pas seulement enchaîner des morceaux : c’est aussi savoir lire entre les lignes du moment.

Et lorsque les lampions reviennent, quelque chose change. Petit à petit, les gens se rapprochent, les premiers danseurs apparaissent, puis la piste prend forme. À minuit, la place est devenue une vraie piste de danse, avec petits et grands mélangés sous les lumières. Finalement, cette fête nationale n’avait pas besoin d’un feu d’artifice pour trouver son éclat. Elle avait simplement besoin d’un autre décor, et surtout, de temps. Ce qui commence de travers finit parfois droit !

Que Calor !!

 

34,2 °C à 20 h dans une salle, après une journée déjà caniculaire : ce n’est plus simplement une question de confort. La chaleur change le rythme de la soirée. On mange moins, on bouge moins, on cherche l’air, et même les plus grands « fêtards » finissent par économiser leurs mouvements. Pendant ce temps, derrière la régie, il faut aussi surveiller le matériel. THEBLEU passe sous ventilation, les appareils ayant assuré le cocktail ont été refroidis et rangés. Et moi, je tiens, bouteille d’eau à la main. A minuit, il fait encore 31,2 °C.

Et puis, au milieu de cette chaleur, il y a ces petites scènes qui font un mariage. Une piste, quelques danseurs, des enfants, des adultes qui se lèvent, retournent s’asseoir, repartent… et soudain une poussette qui traverse la piste en rythme. Ce n’est pas spectaculaire, ce n’est pas prévu dans le programme, mais c’est exactement ce qui rend une fête familiale vivante. La musique accompagne tout ce petit monde, chacun à sa manière, avec ses contraintes, ses enfants, sa robe, ses chaussures, sa fatigue et son envie de profiter encore un peu.

Et puis arrive le dernier acte. La musique joue encore, quelques invités dansent toujours, mais autour d’eux le décor commence déjà à disparaître : on retire les nappes, on déplace les tables, on range les chaises. Pour ceux qui rangent, la soirée est pratiquement terminée. Pour ceux qui sont encore sur la piste, elle ne l’est pas. Commencer à démonter le décor pendant le dernier acte d’une pièce de théâtre, c’est un peu étrange. Tant que la musique joue, le rideau n’est pas encore tombé.

6 étages, c’est seulement 4 quand tu pars du 2eme !

 

Ou quand une petite soirée Corporate sympa prend une hauteur… inattendue. Sur le papier, tout était parfait : un joli cocktail d’été sur un rooftop parisien, puis une soirée dansante au second étage. Je signe sans hésiter.

Quelques jours plus tard, visioconférence. J’apprends que l’ascenseur est en panne. Le cocktail est finalement à un autre étage, le diner au 6eme en plein soleil sans parasol « mais on abrite le bar », la soirée se déroule sur plusieurs niveaux, le parking ressemble à un véritable jeu de piste, il faudra décharger le matériel en pleine rue, en double file, warnings allumés, avant de gravir les étages avec les enceintes, les pieds, les câbles, l’ordinateur, les micros… Je commence à sentir mes mollets protester.

«Ah mais depuis le second, ça ne fait que 4 étages !» Elle avait de l’humour, ma cliente… Moi, beaucoup moins à cet instant-là !

Au détour de la conversation, elle me glisse aussi qu’elle ne sait pas si je pourrai manger. J’avoue avoir souri intérieurement… parce qu’après plusieurs montées avec mes dizaines de kg de matériel, il allait pourtant me falloir quelques forces !

Les coulisses de mon métier ne ressemblent pas toujours à ce que l’on imagine. Derrière une soirée élégante, il y a parfois un marathon logistique… ce jour là, aucun risque de rester coincée dans l’ascenseur !

Ma bouteille d’eau

 

Les invités photographient les fleurs, les assiettes, les mariés. Moi, il m’arrive de photographier… ma bouteille d’eau. Parce qu’elle est sur ma table de régie. Enfin… jusqu’à ce qu’une invitée décide, très naturellement, de venir y boire quelques gorgées. Elle ne m’a rien demandé. Elle l’a simplement prise, comme si elle faisait partie du décor.

La régie est un drôle d’endroit. On y travaille, on y mange quand on peut, on y boit entre deux morceaux, on y passe parfois douze heures sans vraiment la quitter. Pourtant, beaucoup n’y voient qu’une table de plus au milieu de la fête. Un endroit où l’on peut poser un sac, emprunter un stylo, déposer un verre… ou se servir dans une bouteille d’eau.

Je lui ai simplement lancé, en souriant : « Votre main se perd sur ma table on dirait. » Elle est restée figée. Moi, j’ai récupéré ma bouteille. Elle s’est excusée, un peu gênée. Je crois surtout qu’elle n’avait jamais réalisé qu’une régie était un poste de travail, avec son espace, ses habitudes… et sa bouteille.

Les albums garderont le souvenir des bouquets, des alliances et des grandes émotions. Moi, je garderai celui d’une bouteille d’eau qui, pendant quelques secondes, est devenue publique. Et la musique, elle, n’a jamais cessé.

Le serveur passe…

 

Le serveur passe. Le plateau passe. Le serveur repasse. Et moi… je trépassse. Rassurez-vous, j’exagère. Enfin… un peu. Ce soir-là, le cocktail faisait aussi office d’entrée. Depuis ma régie, je regardais les petits fours défiler à quelques mètres de moi. Ils passaient, repassaient… sans jamais faire ce petit détour jusqu’à la DJette. Avec les années, j’ai appris à prévoir. Dans mon sac, il y avait un pain de secours. Un simple Chabrior. Sur le moment, il avait presque le goût d’un repas gastronomique.

J’aurais pu rentrer contrariée. Pourtant, en observant la soirée, j’ai compris que personne ne m’avait oubliée volontairement. Le chef de rang essayait de faire tourner un repas de 170 invités avec seulement quatre serveuses. Chacun courait. Chacun faisait de son mieux. En fin de soirée, il est venu m’apporter un dessert avant de me glisser : « C’était un plaisir de travailler avec toi. »

Cette phrase a tout changé. Derrière un beau mariage, il y a toujours des coulisses que les invités ne verront jamais. Des petits oublis, beaucoup d’improvisation et des professionnels qui se serrent les coudes.

Depuis ce jour, j’emporte toujours de quoi manger. Par prudence. Mais je garde surtout en mémoire qu’un dessert offert avec sincérité peut avoir bien plus de saveur qu’un plateau de petits fours.

Je pars faire un mariage… je reviens avec un chat !

 

On dit souvent que le métier de DJ, c’est la musique, les émotions et les pistes de danse. C’est vrai. Mais il réserve parfois des rencontres que l’on n’aurait jamais pu imaginer.

Ce week-end-là, je partais animer le mariage d’un adorable couple suisse qui m’avait choisie parce que je parle couramment allemand. Pendant plusieurs mois, nous avions préparé cette journée pour que chaque détail leur ressemble. Une cérémonie pleine de bienveillance, 32 invités, des enfants qui dansaient, des sourires… une de ces journées qui me rappellent pourquoi j’aime tant ce métier.

Et puis, au détour d’un instant plus calme, je l’ai rencontrée.

Une petite chatte borgne, marquée par la vie, mais d’une douceur infinie. Je l’ai prise dans mes bras… et elle s’y est blottie comme si nous nous étions toujours connues. Les mariés se sont regardés en souriant. D. a simplement murmuré : « A New Friendship is born. »

Quelques jours plus tard, Cookie quittait définitivement son ancienne vie pour rejoindre la mienne. Son nom, Cookie de Marborah du Petit Hameau, raconte toute son histoire : Cookie, en clin d’œil à Captain Cook. de Marborah, contraction des prénoms de M. et D. ; du Petit Hameau, parce qu’elle y vit désormais une retraite paisible.