Chroniques

Derrière chaque mariage, chaque cérémonie et chaque soirée se cachent des histoires que les invités ne voient jamais. Je vous ouvre la porte de mes coulisses : des rencontres, des imprévus, des émotions… et parfois des instants qui changent une vie.
6 étages, c’est seulement 4 quand tu pars du 2eme !
Ou quand une petite soirée Corporate sympa prend une hauteur… inattendue. Sur le papier, tout était parfait : un joli cocktail d’été sur un rooftop parisien, puis une soirée dansante au second étage. Je signe sans hésiter.
Quelques jours plus tard, visioconférence. J’apprends que l’ascenseur est en panne. Le cocktail est finalement à un autre étage, le diner au 6eme en plein soleil sans parasol « mais on abrite le bar », la soirée se déroule sur plusieurs niveaux, le parking ressemble à un véritable jeu de piste, il faudra décharger le matériel en pleine rue, en double file, warnings allumés, avant de gravir les étages avec les enceintes, les pieds, les câbles, l’ordinateur, les micros… Je commence à sentir mes mollets protester.
«Ah mais depuis le second, ça ne fait que 4 étages !» Elle avait de l’humour, ma cliente… Moi, beaucoup moins à cet instant-là !
Au détour de la conversation, elle me glisse aussi qu’elle ne sait pas si je pourrai manger. J’avoue avoir souri intérieurement… parce qu’après plusieurs montées avec mes dizaines de kg de matériel, il allait pourtant me falloir quelques forces !
Les coulisses de mon métier ne ressemblent pas toujours à ce que l’on imagine. Derrière une soirée élégante, il y a parfois un marathon logistique… ce jour là, aucun risque de rester coincée dans l’ascenseur !


Ma bouteille d’eau
Les invités photographient les fleurs, les assiettes, les mariés. Moi, il m’arrive de photographier… ma bouteille d’eau. Parce qu’elle est sur ma table de régie. Enfin… jusqu’à ce qu’une invitée décide, très naturellement, de venir y boire quelques gorgées. Elle ne m’a rien demandé. Elle l’a simplement prise, comme si elle faisait partie du décor.
La régie est un drôle d’endroit. On y travaille, on y mange quand on peut, on y boit entre deux morceaux, on y passe parfois douze heures sans vraiment la quitter. Pourtant, beaucoup n’y voient qu’une table de plus au milieu de la fête. Un endroit où l’on peut poser un sac, emprunter un stylo, déposer un verre… ou se servir dans une bouteille d’eau.
Je lui ai simplement lancé, en souriant : « Si j’étais vous, je ne la boirais pas… j’ai craché dedans. » Elle est restée figée. Moi, j’ai récupéré ma bouteille. Elle s’est excusée, un peu gênée. Je crois surtout qu’elle n’avait jamais réalisé qu’une régie était un poste de travail, avec son espace, ses habitudes… et sa bouteille.
Les albums garderont le souvenir des bouquets, des alliances et des grandes émotions. Moi, je garderai celui d’une bouteille d’eau qui, pendant quelques secondes, est devenue publique. Et la musique, elle, n’a jamais cessé.
Le serveur passe…
Le serveur passe. Le plateau passe. Le serveur repasse. Et moi… je trépassse. Rassurez-vous, j’exagère. Enfin… un peu. Ce soir-là, le cocktail faisait aussi office d’entrée. Depuis ma régie, je regardais les petits fours défiler à quelques mètres de moi. Ils passaient, repassaient… sans jamais faire ce petit détour jusqu’à la DJette. Avec les années, j’ai appris à prévoir. Dans mon sac, il y avait un pain de secours. Un simple Chabrior. Sur le moment, il avait presque le goût d’un repas gastronomique.
J’aurais pu rentrer contrariée. Pourtant, en observant la soirée, j’ai compris que personne ne m’avait oubliée volontairement. Le chef de rang essayait de faire tourner un repas de 170 invités avec seulement quatre serveuses. Chacun courait. Chacun faisait de son mieux. En fin de soirée, il est venu m’apporter un dessert avant de me glisser : « C’était un plaisir de travailler avec toi. »
Cette phrase a tout changé. Derrière un beau mariage, il y a toujours des coulisses que les invités ne verront jamais. Des petits oublis, beaucoup d’improvisation et des professionnels qui se serrent les coudes.
Depuis ce jour, j’emporte toujours de quoi manger. Par prudence. Mais je garde surtout en mémoire qu’un dessert offert avec sincérité peut avoir bien plus de saveur qu’un plateau de petits fours.


Je pars faire un mariage… je reviens avec un chat !
On dit souvent que le métier de DJ, c’est la musique, les émotions et les pistes de danse. C’est vrai. Mais il réserve parfois des rencontres que l’on n’aurait jamais pu imaginer.
Ce week-end-là, je partais animer le mariage d’un adorable couple suisse qui m’avait choisie parce que je parle couramment allemand. Pendant plusieurs mois, nous avions préparé cette journée pour que chaque détail leur ressemble. Une cérémonie pleine de bienveillance, 32 invités, des enfants qui dansaient, des sourires… une de ces journées qui me rappellent pourquoi j’aime tant ce métier.
Et puis, au détour d’un instant plus calme, je l’ai rencontrée.
Une petite chatte borgne, marquée par la vie, mais d’une douceur infinie. Je l’ai prise dans mes bras… et elle s’y est blottie comme si nous nous étions toujours connues. Les mariés se sont regardés en souriant. D. a simplement murmuré : « A New Friendship is born. »
Quelques jours plus tard, Cookie quittait définitivement son ancienne vie pour rejoindre la mienne. Son nom, Cookie de Marborah du Petit Hameau, raconte toute son histoire : Cookie, en clin d’œil à Captain Cook. de Marborah, contraction des prénoms de M. et D. ; du Petit Hameau, parce qu’elle y vit désormais une retraite paisible.